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COVID-19 et zéro déchet

COVID-19 et le zéro déchet

Depuis le début de cette aventure de la COVID-19, on ne cesse de m’interroger sur la relation possible (ou non?) entre le mode de vie zéro déchet et la crise actuelle. Et à la coopérative, nous nous sommes dit que nous ne devions pas être les seules à avoir ces réflexions. Mélissa a pu avoir une discussion très pertinente sur le sujet avec Anne-Marie Desbiens (La Foodie scientifique) qui a beaucoup éclairé la rédaction de cet article (merci). Toutes les autres sources d’informations se trouvent à la fin de l’article. 

Voici donc toutes les connaissances sur le sujet en notre possession à l’heure actuelle. Si le tout change, nous vous reviendrons rapidement pour ajuster le tir. Notre objectif? Une plus grande compréhension du sujet pour que l’on puisse collectivement et individuellement prendre des décisions éclairées. 

Présentation de la COVID-19

Pour affronter un ennemi, il est primordial de bien le connaître afin de mettre en place les bonnes solutions et d’être efficace dans nos stratégies. Voici donc quelques points importants pour mieux comprendre le virus à la source de la pandémie.

  • La COVID-19 est un virus qui infecte le nez, la gorge et les poumons.
  • Elle se propage donc le plus souvent par un contact étroit avec une personne infectée qui tousse ou éternue (par les gouttelettes évacuées) OU par un contact des mains avec des surfaces infectées que l’on porte ensuite à notre visage.
  • Le virus survit environ 3 h dans les aérosols, de 4 à 24 heures sur du cuivre et du carton sec et jusqu’à 3 jours sur les surfaces (plastique ou acier inoxydable, propre et sèche).
  • Plus une surface est lisse, plus le virus résiste (par exemple, la COVID-19 survivra plus longtemps sur une pomme que sur une banane puisque la peau de la pomme est plus lisse).
  • Pour le moment, aucun cas connu de la COVID-19 n’est dû à un transfert par un aliment ou par un emballage alimentaire.
  • Ce virus, contrairement aux bactéries, ne peut pas se multiplier sur ou dans les aliments.
  • C’est donc dire que si le virus se trouve sur la surface d’un aliment – une pomme par exemple – toucher à l’aliment revient au même que de toucher une poignée de porte infectée (à la différence près qu’on mange la pomme par la suite bien sûr).
  • À l’heure actuelle, la durée de vie du virus sur un aliment n’est pas définie, mais elle semble osciller entre quelques heures et quelques jours. 

Techniques de désinfection 

Comment désinfecter les objets qui nous entourent et donc, nos aliments au retour de l’épicerie? 

Les objets et nos mains

Vous avez deux options : le savon et l’alcool (contenu dans les désinfectants à mains). Malheureusement, le vinaigre n’est pas efficace pour tuer le virus. 

Pour les aliments

Il n’est pas recommandé d’utiliser du savon ou de l’alcool sur vos aliments comme vous allez les manger par la suite. À l’heure actuelle, le gouvernement recommande simplement de les laver et de les frotter à l’eau courante. Sinon, à noter que la cuisson (4 minutes à 63 °C) pourrait être efficace pour tuer le virus.

Les achats en vrac

Plongeons dès maintenant dans le sujet (TRÈS) chaud : est-ce que je devrais continuer d’acheter mes aliments en vrac en période de pandémie de la COVID-19? 

Non… 

Anne-Marie Desbiens ne le recommande pas pour sa part. Elle nous encourage même à acheter nos fruits et nos légumes emballés et à traiter les emballages comme s’ils étaient recouverts de jus de poulet cru (c’est une image pour bien comprendre, évidemment). C’est-à-dire qu’au retour de l’épicerie, on doit : 

  • se laver les mains avant de défaire les emballages de fruits et de légumes (sans toucher au contenu) ;
  • déposer les emballages dans le bon bac ;
  • se laver les mains de nouveau ;
  • traiter les aliments.

… et oui

Selon le MAPAQ, les commerces de vrac peuvent poursuivre leurs opérations, mais doivent renforcer leurs mesures d’hygiène en ajoutant des protections additionnelles (contenants, pare-haleine, mesures permettant le lavage des mains, service par un préposé) et en augmentant la fréquence de nettoyage et d’assainissement des surfaces hautement manipulées ou exposées.

Et toujours selon le ministère, les fruits et les légumes n’ont pas besoin d’être emballés, mais doivent toujours être lavés avant d’être consommés puisque “l’emballage des fruits et des légumes augmenterait les manipulations par les exploitants alimentaires”. Bien entendu, comme consommateur.trice, il est de notre devoir de prendre nos précautions autour des aliments en vrac. 

Donc, le choix vous revient. Si vous souhaitez acheter vos aliments en vrac dans le contexte actuel, veuillez suivre à la lettre les recommandations faites par de nombreux commerces zéro déchet.

  • Si vous avez des symptômes de la COVID-19 (toux, fièvre, difficultés respiratoires ou pneumonie), NE FAITES PAS L’ÉPICERIE. Demandez à un proche de la faire pour vous.
  • Faites votre épicerie seul.e afin de réduire le nombre de personnes dans le commerce (certains restreignent à 10 personnes maximum à la fois dans l’épicerie).
  • Désinfectez vos mains avec un gel antibactérien à votre arrivée ET votre départ.
  • Maintenez une distance minimale de 2 mètres entre chaque personne.
  • Limitez votre temps dans l’épicerie afin de réduire vos contacts.
  • Évitez tout contact entre vos contenants et les installations du commerce (contenants, aliments, ustensiles, comptoirs, etc.). Ceci inclut la règle de base de ne jamais remettre un produit qui a touché à votre contenant dans celui du commerce.
  • Pour votre paiement, favorisez une transaction par carte plutôt que de l’argent comptant afin de réduire vos contacts avec le ou la commis à la caisse.

Si vous n’êtes pas à l’aise avec le vrac en période de pandémie, ce qui est tout à fait légitime : lâchez prise! Retournez à des aliments emballés jusqu’à la fin de la crise, votre santé physique et psychologique est importante.

À noter que plusieurs commerçant.e.s ont décidé de simplement interdire les contenants réutilisables pour répondre à la crise. Nous vous invitons à lâcher prise et à l’accepter pour le moment.

Pensez aux autres

Que vous décidiez d’acheter en vrac ou non, n’oubliez pas que vous n’êtes pas les seul.e.s à avoir besoin des produits essentiels. Inutile donc de vider les étalages pour ramener le contenu de l’épicerie entière dans votre sous-sol. Prenez simplement ce dont vous avez besoin pour une ou deux semaines. Vous vous assurez ainsi de limiter vos sorties tout en laissant des produits pour les autres. L’approvisionnement se passe très bien, il n’y a pas de raison de paniquer. 

Les avantages du mode de vie zéro déchet en temps de crise

Malgré l’inconvénient d’un accès plus limité aux produits en vrac en période de pandémie et d’isolation volontaire, le mode de vie zéro déchet présente plusieurs avantages.

Le minimalisme

Tendre vers un mode de vie zéro déchet, c’est aussi adopter des habitudes plus minimalistes et donc, consommer moins. Alors que nous sommes, pour la plupart, confiné.e.s à la maison sans accès à des magasins, le fait d’avoir déjà mis en place un quotidien qui se distancie des multiples achats permet de vivre un moins grand choc.

Pour ma part, en ayant dissocié mon bonheur quotidien de mes achats, je l’ai déjà recentré sur des activités plus enrichissantes qui se pratiquent parfaitement en temps d’isolement : lecture, tricot, couture, peinture, écriture, etc. 

L’autonomie grâce aux objets réutilisables

J’ai une amie qui m’a écrit il y a quelques jours pour me dire que, d’utiliser des couches lavables avec son bébé la rend beaucoup plus autonome en période de crise. Pour avoir plus de couches, elle n’a pas besoin de se rendre au magasin et par conséquent, d’augmenter ses contacts avec les autres. Elle a seulement à faire une brassée de lavage. 
C’est la même chose pour tous les objets réutilisables du quotidien comme le papier de toilette (souvent utilisé en équipe avec un bidet), les produits d’hygiènes féminines lavables, etc. Personnellement, la seule chose que j’ai besoin d’aller acheter, c’est de la nourriture. Pour le reste, je suis autonome à la maison.

Les recommandations

Quelles sont les recommandations plus générales en période de COVID-19 ? Voici résumé des sources utilisées pour rédiger cet article. À noter que ces dernières existent non seulement pour vous protéger, mais aussi pour protéger les autres de vous. Il est donc très important de les appliquer.  

Le gouvernement du Québec

  • Ne pas acheter de masques à moins d’être malade. Tout d’abord parce que les masques sont utiles pour les gens infectés, mais très peu pour ceux qui ne le sont pas. Ensuite parce qu’il est important de les laisser au personnel du réseau de la santé et aux patient.e.s qui en ont réellement besoin qui l’utilisent selon un protocole stricte.
  • Lavez-vous les mains souvent à l’eau tiède courante et au savon pendant au moins 20 secondes.
  • Utilisez un désinfectant à base d’alcool si vous n’avez pas accès à de l’eau et à du savon.
  • Observez les règles d’hygiène lorsque vous toussez ou éternuez :
    • couvrez-vous la bouche et le nez avec votre bras afin de réduire la propagation des germes;
    • si vous utilisez un mouchoir en papier, jetez-le dès que possible et lavez-vous les mains par la suite.
  • Si vous êtes malade, évitez le contact avec les personnes plus vulnérables, dont les personnes âgées et les personnes ayant une maladie chronique. Par exemple, évitez de rendre visite aux personnes hospitalisées, aux personnes hébergées dans les centres d’hébergement de soins de longue durée ou dans les résidences privées.
  • Évitez le contact direct pour les salutations, comme les poignées de main, et privilégiez l’usage de pratiques alternatives.
  • Et le plus important: isolez-vous volontairement! Ne sortez de la maison que pour des déplacements essentiels (comme aller à l’épicerie ou à la pharmacie). Vous réduisez ainsi les contacts qui sont à la base de la propagation.

Les recommandations d’Anne-Marie Desbiens

À l’épicerie : 

  • Travaillez en mode “risque de contamination croisée” afin de prendre toutes les précautions nécessaires (relire le début de mon article pour plus de détails).
  • Utilisez du désinfectant à l’entrée ET à la sortie des commerces. 
  • Ne portez pas vos mains à votre visage lors des achats.
  • Ne touchez que les aliments en vrac que vous allez acheter.

 À la maison : 

  • Manipulez vos aliments nouvellement achetés comme si vous aviez des allergies alimentaires, qu’ils étaient couverts de jus de poulet cru ou que vous étiez en situation à risque de contamination croisée. 
  • Lavez-vous les mains avant, pendant et après la préparation d’un repas ou avoir mangé.
  • Lavez vos fruits à l’eau. 
  • Cuisez bien vos aliments. 
  • Ne laissez pas une personne malade préparer les repas. 

Les recommandation de RECYC-QUÉBEC

  • La directive de limiter vos sorties s’applique aussi à vos matières résiduelles : gardez vos contenants consignés à la maison, reportez à plus tard les déplacements aux écocentres et dans les autres points de dépôt.
  • Les mouchoirs, masques, lingettes et gants souillés doivent être mis dans des contenants de déchets fermés.

Bonus : les recommandations de Mélissa

  • Pour vos fruits et vos légumes achetés en vrac : lavez-les avec un peu de savon tel que recommandé dans cet article
  • Continuez d’encourager vos commerçant.e.s locaux et de quartier pour vos achats essentiels. C’est une période difficile pour tou.te.s, essayons d’encourager notre communauté. 
  • Ne vous rabattez pas sur Amazon et Netflix. Priorisez les plateformes locales, comme Tou.tv et la livraison par des commerces locaux. 
  • Sortez prendre l’air régulièrement en prenant une marche ou en allant courir un peu. C’est bon pour votre santé mentale et physique. Évidemment, évitez les rues passantes. 
  • Ne paniquez pas, car la peur nous fait prendre de mauvaises décisions… comme s’engouffrer dans une masse humaine pour se battre pour du papier toilette. Adoptez simplement un comportement prudent en mettant en place des habitudes responsables. 
  • Lorsque vous dites bonjour à quelqu’un.e, faites-le de loin : un sourire, un signe de la main, une danse, une chanson… mais faites-le toujours à 2 mètres de distance.
  • Si vous cherchez des idées pour vous occuper, retrouvez les conseils d’Amélie Côté sur Un point cinq.
  • Malgré l’isolement, restez en contact avec vos proches : appelez vos grands-parents, organisez des rencontres par vidéoconférences avec vos ami.e.s, mais ne vous isolez pas psychologiquement.

Mes souhaits pour la suite

Parce que j’ai déjà hâte que cette crise se termine (comme plusieurs d’entre nous, j’en suis certaine), j’espère sincèrement que tout le monde suivra les recommandations prescrites. C’est la meilleure stratégie pour s’en sortir rapidement.

J’espère aussi que cette situation – assez extrême, soyons honnête – nous force collectivement à bonifier nos pratiques au niveau du zéro déchet, de la réutilisation et de la réduction à la source. En écrivant ces lignes, j’ai l’intime conviction qu’il nous est possible d’utiliser cette crise comme levier pour mettre en oeuvre la transition socioécologique dont nous avons besoin et ça me donne vraiment espoir. Pour ce faire, il faudra réfléchir à des solutions à long terme qui concilient à la fois la santé humaine et la santé environnementale, parce que les deux vont de pair. Parce que malgré la crise, l’humanité continue de vivre sur une planète limitée avec des ressources limitées. 

Des pistes de solutions

À court terme: la créativité

Depuis quelques jours, je ne cesse de voir une multitude de propositions (en ligne bien sûr) pour rassembler les gens, proposer des solutions à la crise et à l’isolement, venir en aide aux personnes vulnérables, divertir la population à distance, etc. C’est en situation de crise que l’esprit humain semble être le plus créatif et c’est grâce à cette créativité qu’on trouvera des solutions. 

Crédit : Krystel V. Morin

À moyen terme: la consigne

Dans un système de consigne, comme on ramène le contenant au commerçant et que celui-ci sera lavé selon les standards de la restauration, on s’assure que lorsqu’on reprend un contenant chez ce commerçant, il est propre. Bien sûr, particulièrement en période de pandémie, il faut porter une attention soutenue au processus de retour de ces contenants consignés afin qu’ils soient envoyés directement au nettoyage avec le moins de manipulations possible pour protéger les travailleurs. À ce niveau, La tasse est un excellent exemple de projet qui permet de mettre en place un système efficace pour la santé humaine et celle de notre environnement, parce que ne l’oublions pas, les deux sont intimement liés.
Et donc, parce qu’il y aura toujours des surfaces communes avec lesquelles nous aurons des contacts entre citoyen.ne.s (poignées de porte, menus, rampes, machine interac, etc.), il est important de ne pas sauter à la conclusion trop rapide que le réutilisable est un problème pour se lancer dans les bras du jetable (sinon, aussi bien avoir des autobus jetables…). Le problème, dans certains cas, se situe au niveau du processus et c’est pourquoi il est important de travailler sur ce dernier.

Vous trouvez ça difficile la crise? C’est tout à fait normal. La situation actuelle est particulièrement anxiogène pour plusieurs raisons. Mais rappelez-vous simplement que nous sommes tous dans le même bateau. Allons-y une chose à la fois, ensemble, et utilisons la force de la mobilisation actuelle pour trouver des solutions à long terme!

Sur ce, prenez grand soin de vous et de votre entourage! 


Sources et quelques lectures pertinentes


Photo à la une : Photo by CDC on Unsplash.

melissa@incita.ca

Mélissa a adopté un mode de vie zéro déchet en 2013, et depuis, le sujet la passionne. Conférencière, chroniqueuse, consultante et elle est l'auteure du livre "Tendre vers le zéro déchet" aux Éditions La Presse.

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